Liberté d’expression ?

Spiritualité Vivante

Spiritualité Vivante

L’homme se bat pour sa liberté et se libère en l’abandonnant. Cela ne signifie que l’homme abandonne la liberté mais que son combat change. Lorsque celui-ci accepte de changer son idéal pour lequel il s’est battu, il se libère complètement de celui-ci afin d’en construire un nouveau répondant de façon plus adéquate à sa perception du monde. Se faisant, il libère sa place qui peut-être prise pour un nouvel arrivant qui aura besoin de ce combat pour se construire.

Nous avons combattu à maintes reprises pour la liberté d’expression et long sera encore le chemin. Les derniers événements survenus en France en ce mois de janvier 2015, nous rappelle à cet effet que des forces profondes continuent à agir contre cette liberté tant chérie. Nous combattons tant pour cette liberté que la gloire qu’elle porte se mesure aujourd’hui par son nombre de mort.

Cependant, sommes-nous délivrés pour autant de sa tyrannie ?

Notre liberté vaut-elle plus que celle de ceux qui se battent pour exprimer la leur ?

La liberté des uns mérite t-elle la mort des autres ?

Et si la liberté était un piège tendu par notre propre incapacité à reconnaître les extrêmes dualités que nous portons chacun sur cette Terre ?

Voici beaucoup de questions et finalement peu de réponses. Comment ne pas être attristé par cette barbarie et pour les familles des victimes. Cependant, face à ce cataclysme émotionnel qui s’est déversé à travers le Monde pour défendre une certaine idée de la Liberté, nous étouffons tous les appels au secours qui les engendrent. Les religions qui se sont battues longtemps pour faire exister leur propre expression de la liberté sont en proie à une fin dans sa forme qui semble inéluctable. Le désir de certains à vouloir faire vivre cet idéal coûte que coûte engendre de la haine. Ce sont aussi des pays entiers qui se mobilisent pour entrer en guerre sous prétexte de défendre un idéal porté avec un tel aveuglement qu’ils en oublient que le reste du Monde ne le partage pas nécessairement.

Nous oublions bien vite l’histoire mais Hitler est rentré en guerre afin d’éradiquer une race toute entière non pour les mêmes raisons mais avec la même intention que les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Irak. Ces deux conflits humains semblent très différents dans la forme mais ils ont bien plus en commun. Chacun veut défendre et faire vivre un idéal de vie, de démocratie, de paix et enfin faire vivre la liberté de sa propre expression en étouffant le plus souvent celle de l’autre. Voilà comment nous mesurons la Liberté, par la mort d’autres êtres humains.

La liberté n’appartient à personne, elle se construit pas à pas par l’ensemble de l’Humanité.

Nous devrions peut-être nous interroger sur ce que représente la liberté d’expression aujourd’hui et comment chacun de nous l’utilisons afin de construire et d’exprimer notre individualisme. Nous l’encourageons lorsqu’elle nous arrange et la stigmatisons lorsqu’elle nous dérange.

Avons-nous encore le droit de rire de tout ? Est-ce simplement humain aujourd’hui de se moquer de ce qui permet à d’autres de se construire ? Où se trouve réellement notre légitimité à juger ce qui devrait faire rire tout le monde ou pas ? La véritable intelligence se trouve t-elle dans la moquerie ?
Ceux qui se sentent les plus avancés en matière de démocratie ne devraient-ils pas être plus sages et accompagner ceux qui amorcent seulement maintenant leur propre processus démocratique ? Les plus forts ne sont-ils pas censés aider et accompagner les faibles ? Pourquoi critiquer ceux qui essaient avec beaucoup de maladresse d’obtenir de notre part de la reconnaissance ?

A toutes ces questions, il n’existe pas de réponses figées et définitives. Chacun est invité à y répondre à la mesure de son expérience propre et sans jugement aucun par les autres.

Le journalisme et la satire ont toujours permis de révéler la vérité qui se cache derrière les voiles que construisent nos Sociétés, ils jouent un rôle important et participent à la compréhension du Monde. Il semble difficile d’établir des limites qui s’accorderaient à toutes formes d’expression puisque nous sommes capables de la museler dans certains cas et que nous l’encourageons dans d’autres. Peut-être est-ce l’intention qui se trouve derrière celui qui cherche à dénoncer qui pourrait nous éclairer. Lorsque l’intention est animée par la colère et qu’elle attise la haine et stigmatise une personne, une communauté ou une Nation alors une Société moderne aurait le devoir peut-être de la condamner avec fermeté. Les Sociétés contemporaines ont le devoir d’encourager toute forme d’expression animée par une intention profonde de vérité mais cela demande d’être capable de discerner ce qui œuvre à la vérité et ce qui la gêne.

Cette vague humaine unie à travers le Monde contre le mal est d’une très grande beauté, un hommage à la dignité humaine, réunit au nom d’un « je » qui est un autre que soi-même. Cela est démonstratif de notre immense capacité de cœur mais pas encore de l’Amour réel que nous sommes capables de nous porter les uns aux autres. C’est une étape importante que traverse notre Humanité et dont nous pouvons certainement nous réjouir.

Cependant, ne nous trompons pas de combat, ce ne sont pas les hommes qui font défaut mais l’ignorance et l’obscurantisme.

L’ignorance et le mal sont en nous-même, dans notre conception de ce qui est juste et de ce qui est mal. Cela fait cinq mille ans que les Sages nous enseignent l’Amour et que le bien et le mal n’existent pas, que ce ne sont que nos perceptions et qu’elles sont dû à notre incapacité à nous reconnaître comme porteur de la plus grande des dualités et que c’est cela qui engendre tous les maux de notre histoire humaine. Dans ces mouvements de masse en unité, nous restons cependant désunis car c’est contre un camp adverse, contre le mal, contre soi-même, contre ce que nous ne savons pas réunir à l’intérieur de notre propre humanité.

Le racisme, c’est de ne pas être capable d’inclure la vision ou l’idée de l’autre qui n’est autre, qu’une autre part de nous-même. Dans ce cas là, je dois avouer être raciste à chaque fois que j’échoue déjà avec ma propre famille à accepter et comprendre leurs idées.
Je suis extrémiste à chaque fois que je défends mon idée si fort que la colère l’emporte plutôt que d’accepter celle de l’autre et d’apprendre à composer ensemble.
Je suis un djihadiste à chaque fois que je prône l’amour au travers de mes yeux comme s’ils étaient capables de voir et comprendre toutes les formes d’amour que le Monde porte. Je défend alors un idéal d’amour dans lequel tous ne peuvent se retrouver. J’oublie alors que l’Amour se cache derrière des personnes et des événements qui semblent à l’opposé de ma compréhension du présent, cela n’est pas le véritable Amour.

L’extrémisme ne vient pas d’un autre pays mais de soi-mêmes, il ne vient pas d’une autre religion que la nôtre mais de notre incapacité à nous relier à nous-même, il ne vient pas d’un étranger mais de ce qui nous est encore étranger à soi et que nous n’osons pas aller rencontrer.

Qu’importe que nous arrivions ou non à accepter cette autre réalité possible, l’Humanité est une seule et même famille et ceux que nous nommons comme des djihadistes en font aussi partie que nous le souhaitions ou non. Notre Humanité se compose de toutes les Nations, de toutes les religions et de toutes les races qui ne sont pourtant que des illusions face à notre Essence qui est Une.

Notre diversité n’existe que pour nous enseigner l’Amour de ce qui est différent, de ce qui ne porte pas à intérêt, de cet Amour qui se situe au-delà de la couleur de peau, au-delà des sentiments, au-delà des idées. Tel un arbre, chaque branche jouit d’une complète liberté à s’exprimer dans sa forme mais elle fait toujours partie de l’arbre et en aucun cas, elle ne saurait attenter à la vie de celui-ci.
Nous sommes nos propres caricatures et peut-être ne pouvons nous rire que de nous-même?

Rire de soi est peut-être la plus grande des intelligences car cela comprend toute l’ignorance humaine par lesquelles nous passons chacun pour apprendre de nos expériences. Ainsi, ceux qui le souhaitent et qui se sentent las de combattre pour cette forme de liberté qui divise et tue tellement de nos frères et sœurs peuvent passer de la liberté d’expression à une expression libérée. Dans ce cas précis le terme « libérée » ne signifie pas ; se désintéresser de ce que les autres pensent mais au contraire une expression libérée de notre jugement sur les autres et qui par conséquent deviendrait plus inclusive des autres libertés à un tel point qu’elle se libèrerait de sa propre tyrannie.

Ceux là aujourd’hui peuvent se rencontrer, se rejoindre grâce à la Pensée Universelle qui n’est pas unique mais multiple, grâce à l’envie de cultiver une démocratie plus grande et plus forte, une démocratie citoyenne qui rééquilibre la balance du pouvoir afin de le rendre à chacun. Une démocratie qui ne couperait les ailes des Nations voisines dans leur développement.

Cependant, certains vont devoir encore combattre pour conquérir la liberté de parole tandis que d’autres vont devoir encore se battre en son nom afin de la défendre. Il est peut-être temps pour certains de céder leur place à ceux qui ont besoin de se battre pour l’obtenir, il est peut-être temps pour d’autres de simplement changer de point du vue. Ainsi la liberté d’expression pourrait prendre vie selon tout plein de formes différentes sans altérer les certitudes intérieures de chacun.

Notre humanité ne se démontre pas par les erreurs que nous commettons mais bien plus par la façon dont nous les gérons.

Cet article n’a pas pour but d’insuffler une autre vision à rejoindre qui serait à nouveau dogmatique mais d’offrir des pistes de réflexion afin que chacun construise sa propre libération et l’exprime.

Postez vos questions, vos commentaires et partagez cet article s’il vous inspire.

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