La Grande Voie du Renoncement

Lorsqu’on parle de renoncement, on voit tout de suite des voix s’élever pour protester contre l’idée de toute frustration et pour promouvoir la liberté, toutes les libertés même celles qui portent pourtant atteintes au bien-commun.

Force est de constater que cela amène une forme de rupture avec la société qui ne comprend pas pourquoi on devrait renoncer à tout ce que la vie offre comme opportunités.

Il nous faut reconnaître qu’il y a trois formes de réactions et d’opposition. La première est formulée par les personnes de bonne volonté qui chercheront à comprendre pourquoi vous formulez une telle idée avant d’émettre leur propre opinion. Une deuxième catégorie cherchera à faire l’expérience de ce que vous dites afin de vérifier l’exactitude de vos dires et une troisième catégorie de personnes s’efforcera de simplement refuser l’idée en bloc. Cette dernière demeure dans une forteresse imprenable car construite par eux-mêmes. Il est donc inutile de chercher à leur expliquer le bien-fondé de cette idée, ils ne sont simplement pas prêts à emprunter le chemin du renoncement.

Beaucoup voient dans le renoncement l’idée de devoir renoncer à un « plaisir » comme la cigarette, la viande, les produits laitiers ou un certain un style de vie, etc.,. Cette perspective apparaît alors comme difficile voir insupportable.

Cependant, la voie du renoncement est ce qui permet d’accéder à la Voie suprême du milieu. Il nous faut pour cela saisir précisément que lorsque nous renonçons par exemple à la viande, nous passons d’une polarité à une autre voir d’un extrême à un autre en poussant cette polarité à son maximum si nous décidons par exemple de devenir végétalien.

Ceci n’est pourtant qu’une partie de la voie du renoncement et non la voie du milieu. Nous sommes simplement passés d’un côté à l’autre et nous avons l’impression que nous avons renoncé mais nous n’avons que changé de polarité et donc d’opinion. Il n’existe à travers ce changement aucune liberté, nous ne faisons que passer continuellement d’un extrême à l’autre sans jamais trouver le point où ce mouvement enfin se tait.

Ce qui nous amène à comprendre que lorsque nous renonçons, toujours avec cet exemple à la viande, nous n’avons pas accompli complètement le renoncement, expliquons ceci.

Si nous décidons de renoncer à la viande, il nous faut également renoncer à son opposé, à son antagonisme. En renonçant à la viande, nous sommes amenés à renoncer aussi au végétarisme, tout comme au végétalisme.

Ainsi, nous court-circuitons cette mise en opposition, d’une certaine façon le cerveau bug et comprends que quelque chose d’étrange se passe qui momentanément le libère de tous les champs idéologiques dans lequel la viande et son absence demeurent. De cette façon, nous coupons l’intellect et le caractère émotionnel de notre décision et nous sommes temporairement libérés de ces deux injonctions. Nous créons ainsi un espace propre à faire émerger une solution dans l’instant qui saura répondre concrètement à nos besoins véritables sans échapper à l’éthique propre à chacun.

Le renoncement n’a pas pour but de couper de la Société celui qui chemine mais de lui permettre d’ajuster sa relation avec tous les opposés à travers le mouvement fondamental de la Vie.

Renoncer ne signifie pas seulement rompre avec le plaisir, la joie, l’amour et l’unité mais aussi avec la difficulté, la tristesse, la haine et la facilité. Ainsi, en se maintenant dans un renoncement complet, nous annulons les effets que génère chaque aspect opposé et nous transformons le rapport intellectuel avec chacun des éléments renoncé. Il ne reste plus alors que l’expérience pure de l’instant, une bouffé d’air frais qui ressemble à la naissance du matin. Une nouveau qui semble sans précédent et dans lequel toute impression du passé et projection dans le futur n’existent pas.

Renoncer est par conséquent l’expression de la pleine sagesse, c’est pour cette raison que c’est si difficile à atteindre. Car c’est renoncer à vouloir, à désirer, à chercher, à souhaiter, à réussir, à guérir. C’est renoncer à devenir, à transformer, à modifier, à changer. Mais c’est aussi renoncer à haïr, à comprendre et même à aimer tel qu’on se l’imagine. C’est également renoncer à la sagesse et à l’éveil.

Renoncer ne signifie pas donc pas arrêter de vivre, bien au contraire, cela consiste à vivre dégagé de toute attente, de tout désir, de toute ambition, de toute volonté pour simplement Être et se laisser guider par ce mouvement divin en soi, par une pensée purifiée de toute présence conditionnée par l’ego.

Se laisser traverser par le sublime et le précieux, par l’êtreté de l’instant, par la Vie.

Le renoncement est l’unique voie pour celui qui est las de ne trouver que ce qu’il cherche car la vérité est toujours ailleurs pour celui qui ne fait que courir après une réponse. C’est dans ce vide produit par le renoncement qu’une autre lumière se montre. C’est parce qu’il n’y a plus de recherche que la vérité peut apparaître telle qu’elle est dans sa véritable nature.

Parce qu’il n’y a plus d’attente à devenir ce que l’on est, alors nous pouvons Être ce que nous sommes profondément et ce que nous avons toujours été. Voilà comment nous renonçons à gagner, à vaincre, à vivre, à mourir. Mais renonçons aussi à nous accrocher comme à lâcher prise, renonçons même au renoncement.

Comprenons cependant que le renoncement ne peut être forcé ou contraint, il doit être érigé dans l’amour et la joie, doté d’une immense bienveillance.

Guérir de l’idée de guérir, c’est entrer dans une acceptation complète et totale de sorte à ne plus dépenser de l’énergie pour se changer mais à utiliser son corps de la façon qu’il est disposé afin de participer à un changement plus collectif. Telle est la façon de se maintenir dans la Voie suprême du milieu, dans le silence, l’immobilité, dans l’absence de toute ambition, de toute colère, de toute haine, de tout désir qui porterait atteinte au bien-commun.

Il n’y a rien de triste, d’éprouvant, d‘insatisfaisant ou de frustrant mais simplement la vérité de ce qui est et ne peut être autrement. Ainsi le courant de vie passe, nous traverse et s’écoule comme l’eau cristalline qui descend des montagnes. Sa volonté propre ne trace pas le chemin mais sa volonté à accueillir chaque pierre, chaque creux que la terre a créé, chaque bordure que la nature a dessinée deviennent Le chemin.

Sa présence et le chemin emprunté ne font plus qu’Un. Parce qu’elle a renoncé à s’élever plus haut que l’air, elle peut descendre gorger la soif de la terre. Parce qu’elle a renoncé à descendre plus bas que la terre, elle peut s’élever et connaître la grâce et la légèreté du vent.

Photo by Raechel Romero

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